>>>FLYER

>>>tube bio

>>>scenario

Scénario d'un film 100% bio

(sans toxine, ni chimie, ni pesticide de synthèse)

Pique Nique

Des vendeurs de journaux distribuent   DETECTIVE . Un braquage à mains armées a eu lieu à Dieuze. Des articles racontent des versions différentes. Billets volés, attaché-case, attaque d'un fourgon, braquage à mains armées.

Les gens du village sont présents.

Des gens lisent des polars Série Noire.

Certains brûlent des allumettes et les souffles. D'autres des magazines de cinéma.

D'autres découpent de l'ail, font de la vinaigrette.

Des femmes se ventilent avec de petit ventilos ;

D'autres étudient des cartes géographiques.

D'autres mangent des pommes.

Des filles se mettent du vernis à ongle.

Des filles en robes longues se promènent dans le champ sous des ombrelles, elles ramassent des fleurs, et des fleurs en plastique.

F et O (2 bourgeois) mangent sur une petite table de fins mets et boivent du champagne. Un gars fait leur service. F se sèche les cheveux.

Ek lit et écrit des nouvelles sur son laptop, elle imprime au fur et à mesure les nouvelles.

Arrivées de M et ME

M et ME arrivent plusieurs fois, par divers côtés, dans le pique-nique où ils se cachent, essoufflés. Incognito, M s'assoit sur sa valise, ME par terre, la poupée dans ses bras. Ils sont traqués par cinq autres imperméables accompagnés de chiens. M a un attaché-case, ME à une poupée. Les deux sont remplis de billets de banque.

1- Ils courent du bois au champ. Les cinq impers à cheval les poursuivent au galop, dans le champ.

2- Ils courent, arrivent d'un autre champ. Des hélicoptères et des chiens se font entendre.

3- Ils arrivent par l'étang, entre les roseaux (ils ont des bottes).

4- ils arrivent en voiture. Ils abandonnent la voiture sur la route.

SON  (le système son est au milieu du pique-nique) : un homme court dans un champ. Grillon. Chevaux au galop.

Caméra Béta  : sur pied au milieu du champ, au milieu du pique- nique, zoome sur M et ME, et les impers.

S8   : film de pique-nique, film de famille, caméra épaule et pied. Regard d'un individu du pique-nique.

Dv  : suit M et ME, caméra épaule, reportage sur M et ME, caméra de surveillance.

Sieste de M

M et Me s'endorment au milieu du pique-nique. Les cloches sonnent longtemps et très fort. Rien ne les réveille.

SON : grillon, chant d'oiseau, puis cloches,

Discours

Monsieur le Maire (Rémi) avec une écharpe tricolore, vient vers M et ME encore assis sur sa valise, M se lève, le Maire prononce un discours, il est équipé d'un micro relié aux enceintes placées plus loin, et remet une médaille à M & ME Ils sont des héros !

À vous concitoyens,

Conformément à l'obligation qu'impose la loi municipale, je viens par cette médaille vous exprimer ma reconnaissance de votre action sur l'état des finances publiques, des projets réalisés et à venir ainsi que certaines considérations personnelles sur divers sujets qui me préoccupent à la municipalité.

J'exprime mes remerciements les plus sincères à votre équipé. Ils ont fait preuve de constance, de patience et de vision. Ils ont travaillé en équipe et ils ont réussi un projet financier essentiel pour le village. Vous pouvez en être fiers. Merci à vous.

Son : discours, grillon, applaudissements

Sieste générale

Tous les gens du pique-nique sont allongés en ligne dans l'herbe, ils dorment : sieste générale. Les corps allongés sur le ventre reniflent la terre. M est seul avec Me et l'attaché-case, ils ne dorment pas, ils comptent les billets sur une table. F et O dorment dans des transats. Sur le pique- nique, un orage sec se lève : progressivement des chants d'oiseaux se font plus fort, des cris de corbeaux insupportables, puis bruit de tonnerre, le vent se lève, les tondeuses sortent et font des lignes dans le champ, les gens s'agitent et courent partout. Les billets de M et ME s'envolent partout. Jusqu'au lac. Tourbillon de billets de banque. Des billets passent sous les tondeuses, ils sont déchiquetés. M voit aussi les billets accrochés aux branches d'un arbre. Machine à vent.

Son : grillon, tonnerre, oiseau, tondeuse

BILLETS

Tous les gens du pique nique suspendent les billets sur un fil tendu pour les faire sécher.

CHANSON

Manon mange des chips.

Des gars jouent à la guitare la chanson de LA CHAMADE et les autres gars chantent :

(potes de petite Anne et Dominique et Vander 2000)

Cette belle bouche qui croque des chips (bis)
chroup miam ouch chom chomp miam miam (bis)
Est ce que y en aura pour tout le monde (bis)
A vindieux la jolie dame (bis)

Son : chanson de la Chamade

FAISAN

Dans le champ, au cour du pique nique, un faisan est lâché. Il vole !

SON : un oiseau qui s'envole, cri de faisan.

TROU

M et ME font un troue à la pioche (deux pioches) pour cacher les billets sortis de l'attaché-case, au loin, on voit le pique-nique. Pour cela ils enlèvent leur imper : M est en « Marcel », Me est en maillot de bain deux pièces, ils ont tous les deux des bottes. Dans le trou, ils hurlent et le rebouchent (1ère version). Ils enterrent un sac, les billets ? (2ème version)

SON : bruit de pioche

RATEAU

En ligne, la foule avance dans le champ, elle recherche un corps, elle ratisse. Elle trouve un drap blanc sur lequel des morceaux de viande sont posés. Les figurants se mettent autour de la viande crue et l'amènent à leur bouche (croquent dans des betteraves rouges, et s'étalent du ketchup sur le corps). M et ME participent au repas. Les acteurs assis s'embrassent et se déshabillent. Ils s'enduisent le corps.

SON : campagne angoissante + corbeaux

Rivière + billets

Dérouler un rouleau de toile cirée (1m20x50m). La foule porte la toile. De l'eau coule dedans. C'est une rivière. Des billets sont posés sur l'eau.

SON : Campagne heureuse, rires, prise de son live

(danse

Des danseuses descendent la pente, M, M, tout le pique nique sont les spectateurs. Les danseuses s'arrosent avec de l'eau (un grand tuyau jaune est déplié). M se retrouve avec les danseuses dans la danse. La scène se transforme en pub pour shampoing.

SON ?)

Lance-balle (sablier)

La machine lance des balles du haut du champ. Tout le monde l'ignore. Elle fonctionne le temps de lancer toutes les balles.

Puis la foule ramasse les balles, la machine rechargée est redémarrée.

SON : bruit du lance-balle le lance balle.

Bc : cadre large sur la foule

Ball-trap

Un lance assiette de ball-trap lance des assiettes en plâtre, Un chasseur habillé en chasseur détruit les assiettes. A chaque assiette détruite, les spectateurs applaudissent.

SON : du ball-trap et du cri « pul ».

Embrassade

M court dans les bras de ME, puis s'en va, un autre imper court dans les bras de ME puis s'en va, et ainsi de suite pour tous les impers. comme si ME était amnésique ou que tous les impers étaient la même personne. 

BAIN

M et ME prennent un bain dans l'étang. ME nue, M juste les pieds dans l'eau.

EXODE

En haut d'un champ, sur une crête, toute la figuration + des véhicules et chevaux un âne défilent : exode.

SON : musique légendaire, ou bruit des grenouilles.

Défilé

Sur la digue de l'étang, un défilé de tous les figurants et acteurs du film, les gens tournent en boucle pendant une demi- heure.(chanson générique campagne, poule.). Ils affichent une identité campagne, sur-campagne, voir post campagne !

SON : tube campagne

Cimetière

1.La foule marche dans tous les sens dans le cimetière de Lindre-Basse. (plan noir et blanc)

Plan du cimetière vide. (le film est sous terre)

SON : corbeau

2.le cimetière est vide, l'église est en arrière-plan

S8 : sur pied,

Dv : marche dans le cimetière

Orgue

Devant l'église, toute la foule est assise sur des bancs face à l'église. Des enceintes diffusent l'orgue de l'église. Un organiste joue en live dans l'église vide mais plein de projecteurs de lumière. L'église est un instrument de musique.

SON : live de l'orgue

Béta : cadre sur la porte, premier plan : des bancs.

Téléphone

La foule se retrouve devant la cabine téléphonique de Lindre, Emily donne un coup de fil, la foule se retrouve dans les mêmes positions mais devant la cabine téléphone de Marsal, (matrix)

SON : live de l'orgue

A Marsal

TELEPHONE

EGLISE

Discours

Devant l'église du haut d'une échelle, M habillé en prêtre, fait un discours, une bible dans les mains. Il prononce un discours très appris par cour.

(curé et foule éclairée par des projos, champ contre champ)

Discours du curé :

Ils nous bercent avec de vaines paroles.
Ils vous trompent. Ils nous trompent.
Ils espèrent nous endormir.
Leur bouche crache du venin mortel.
De leur passage il ne reste que ruine et désolation, mes frères.
Ne croyez pas que la colère de notre seigneur les effraie, bien au
contraire.
A présent, ils règnent sur le coeur et l'esprit de nos dirigeants, prenez
garde !
Ni vous ni moi ne sommes à l'abri : que vous soyez riche ou pauvre, ils
s'emparent de votre âme.
Ces créatures de Satan ne veulent que nous corrompre.
Nous sommes comme le peuple juif devant le veau d'or ; nous idolâtrons la
cupidité.
Pourquoi ? Pour quoi ? Parce qu' - Parce qu'ils nous guettent ! Ils sont là
tels des prédateurs devant leur proie, car nous sommes des proies.
Ils nous réduiront à l'état de larve.
Dieu se vengera au jugement dernier.
Alors réveillez-vous, mes frères, avant que la colère de Dieu n'envahisse
notre terre. Réveillez-vous !

Sortie

La foule sort de l'église, M et Me (en imper) sont allongés sur le sol éclairés par des projecteurs, la foule leur passe dessus, chaque individu passe au-dessus. Elle est éclairée par des projecteurs. La foule se serre les mains.

Devant la porte de France

La foule tourne en rond et en boucle sous la porte de France. La foule est armée de salières, de faux et de fourches et sème du sel sur son chemin. (Chasser les démons). La foule porte M et ME. Ils sont à l'horizontale sur la foule. Ils sont déplacés malgré eux.

La foule descend du bus sous la porte de France. Une chaîne s'organise avec les cartons chargés dans la soute et un local (le musée).

Une soupe populaire est offerte, (elle est chauffée au feu ou au gaz), 2 autres tables offrent de la bière ambrée et du vin. Un gars joue du violon.

La foule colle des affiches sur les murs. Recouvrir un mur d'affiches, WANTED M et ME. Puis la foule part. Les cinq impers arrivent, décollent, déchirent toutes les affiches.

Une voiture de flic stationne à côté de la soupe pop. Un gyrophare bleu tourne sur le capot du véhicule. Des individus descendent et fouillent tous les impers qui se nourrissent.

Une tente igloo émet des sons étranges, son électronique.

Les flics tournent autour, les impers aussi.

SON : électronique

Un commentaire live du tour de France est diffusé.

>>>Line UP

samedi  
scènes action accessoires figurants Prise de son Caméra notes
11H00 Arrivée de M et ME
Poursuivis par d'autres impers + bain
En voiture Par l'étang Par la forêt Poursuivis par des chevaux Des vélos Attaché-case Poupées voitures chevaux Assis sur l'herbe Pique nique Bourgeois à table Arrivée de la voiture Respi des M   BC suivit S8 bulles Sub voiture Eau, courrir Appareil P Web cam S: corbeau, hélico, chiens, Gros plan de M et ME en action Plan large Zoom bc arrière avant
12H00 Trou, creusé par M et ME, crier   dedans, le reboucher Ils creusent Crient rebouchent 2 pioches Regardent M et ME, Flingues posés sur l'herbe Bruit de pioche Respiration cries Sub A coté de la terre regard de ME S8 trou S : oiseaux Plan large Gros plan Plan très large Éclairer le trou
Lance balle   Lance balle   Lance balle

 

 
13H00 Sieste de M et ME + journaux M et ME dorment Au milieu du pique nique + journal Polars noirs Mangent F et Y distrib Ronflements SUB (Posé par terre) S : grillon Gros plan polar titre Gros plan M
13H20 Discours Du maire   Rémi lit un discours Remet une médaille à M Ruban tri c Micro médailles Ecoutent applaudissements Discours live Gros plan Moyen plan SUB regard du maire S8 : le maire Son live  
faisant 1 laché   EK RF Cri du faisant   silence
13H40 embrassade ME embrasse tous les impers à tour de rôle Imper chapo Regardent Sub de ME Sub de M Gros plan sur ME Son : oiseaux
14h00 Sieste général   Foule Recherche la terre M et Me comptent leur billets Polar série noire Dorment Sur dos ventre lecture Respiration   Plan large S : Grillon  
orage Les gens se lèvent et courent Panique vent Machine à vent Tondeuse billet courent Gens qui crient tondeuses Cam court Cam des bois S : orage + tondeuse   Orage sec
billets La foule ramasse les billets et les accroche à une ligne tendue Billets Fil tendu 2 piquets Ramassent Suspendent     Gros plan billets Gens qui parlent S : passant, autre ?
Ball trappe Chasseur en imper plateaux   Son balle trap    
15H00 RATEAU orgie Foule en ligne en haut du champ Progression lent arrêt sur un tas de viande Drap Ketchup Viande Betteraves Marchent dévorent Suit le percheman Cam dans le râteau Cam sur le cadavre   S : grillon
15h30 rivière   De l'eau coule dans une bâche t Bâche billet Tiennent la bâche Eau qui coule Cam au 2 bouts   S : rivière
18h00 exode Les véhicules et villageois partent sur un chemin les uns à la suite des autres Voiture 2cv Chevaux   marchent Bruit des véhicules Des piétons Cam dans un véhicule Dv derrière devant S : Chant oiseau
20h00 téléphone EK dans une cabine   Debout et immobile vent Champ/champ Cam sub   ds S : cigogne, allo allo
18h00 Défilé Spots sur pieds Accessoires de campagne   S'exhibent Direction du défilé Cam défile Cam derrière S8 dedans S : Tube bio
18h00 cimetière   Foule marche dans   déambulent Bruit des morts Entre les tombes (S8) Posé sur 1 tombe ( sub ) S : corbeau
18h00 orgue   Thomas joue de l'orgue dans l'église bancs Assis, écoutent assemblée Du cœur de l'église De la foule Live orgue

 

dimanche  
scènes action accessoires figurants Prise de son caméra notes
13H00 téléphone EK télé dans la cabine En jaune   Ciré jaune Autour de la cabine, 10 impers chapeau dans la foule   sur la cabine Cam dans la cabine Cam extérieur S : cigogne Allo allo
13H30 église Discours de M en curé Echelle Sous l'échelle Ou devant Acclament écoutent   Discours Sur M Gros plan M De la Foule Vision de M Champ/champs S : live No mvt
13H40 Sortie de l'église M et ME allongé par terre   Sortent de l'église Courent Marchent vite (incendie) Dans la foule Cam ds la foule Cam exterieur Cloches sonnent conversation
14h00 générique M et ME en tête La foule suit Le long d'un champ   Personne parle Milieu foule

 

 
14h40 Tour de France   Foule derrière   des barrières s'agite   Attente (silence)   Bruit geste Barrières Vauban Casquette Projectiles Fleurs Pompons Vélo Drapeau Ruban travaux   S'agitent Fayçal range la foule acclamation Caméra à la place du vélo Caméra placée dans une voiture En courant S : tour de F
15h15 SLAM M et ME portés par la foule sous la porte de France D'autres impers aussi Une foule compacte Circulent sous la porte de France Elle crie et bouge Blabla des gens crient Une dv dans la foule 1 autre exterieur S : violon live     Perche dans la mêle
16h00 Collage d'affiches Certains de la foule collent des affiches Affiches Scotch Collées   Regardent les affiches Bruit de scotch les affiches filmer les colleurs le scotch   S : corbeaux
16h20 Décollage d'affiches   Des impers les décollent   dispersées déchirement Les mains silhouettes de dos S : corbeaux 2
17h00 fouille 4 flics en civile Descendent de voiture, fouillent les impers Gyrophare 4 vestes voiture Regardent (attroupement)   Le gyrophare La fouille   S : sirène
  Tente igloo   Une tente émet des sons destroyers Tente igloo Avec son Légeres craintes Présence étrange     Tente Autour de la tente Tourner autour de la tente S : tube destroy
16h30 Soupe populaire     Des dames servent une soupe de légume Gamelle Soupe légume Font la queue Attendent Boivent ( Fayce organise la foule)     On les entend boire Gros plan louche Femmes qui servent La personne qui sert la soupe
17H00 départ Les pers Montent dans le bus Bus carton Chargent des cartons Déchargement Chuchotements de la foule Sub Dans le bus, soute S8 porte les cartons Dans le bus Extérieur du bus

>>>est republiquain

Photographe de plateau Hélène Dodet.






























>>>A propos de fuite

A propos de FUITE

Les figurants/foule sont la matière du film, NB dit aussi le personnage principal.

Le scénario est pensé pour un site (avec FUITE, la campagne), et une foule qui s'appropriera l'un comme l'autre le temps du tournage. Il prévoit un ensemble d'actions collectives (Une battue, une sieste...). Les directives adressées à l'ensemble des figurants concernent les contours de l'action proposée par le scénario. A l'intérieur de ces directives, chacun est libre, c'est leur premier role, d'où une certaine attention à ce que les figurants passent « un bon week-end » (et qui vaut souvent à NB la remarque limitée quand elle est péjorative du « ah bah vous vous êtes bien marré »).

Si on prend par exemple le « pique nique » de FUITE : passé les premières directives (« vous vous asseyez là et vous lisez des magazines, mangez des quiches » etc...) les figurants passent un « vrai moment », c'est même une condition pour ne pas faire du faux cinema, ou tout simplement du mauvais cinema avec des acteurs à deux balles. De toutes façons le scénario d'abord, le tournage ensuite n'ont pas besoin de personnages en particulier, ils ont besoin de tous les personnages, ou de leur enveloppes, un corpus qu'ils mobilisent à travers un ensemble d'éléments cinematographiques (de la BO d'un autre film, au remake d'une scène en passant par l'artillerie lourde du tournage et le site lui même).

Lorsque le scénario prévoit des scènes précises, elles restent simples, sans apprentissage, immédiatement accessibles aux figurants (la fouille autour de la voiture de police, courir en imperméable derrière les chevaux). Ce sont les figurants qui s'approprient ou même s'inventent les rôles. Ils interprètent, et ils proposent. Et nous, l'équipe de réalisation, on dispose ou on impose. Cela donne parfois des duels et c'est très bien comme ça (voir justement la confrontation réalisateur/assistante réa VS les policiers)

Il y a une mobilité des rôles aussi qui rendent leur appropriation plus facilement possible (diversité d'activités proposées) et une mobilite à travers ces roles tres rapidement accessibles. La mobilite fait d'ailleurs partie des consignes données aux figurants en début de tournage, à qui l'ont demandent par exemple, de veiller à ce que les 14 imperméables soient portés tout le temps, par toutes et tous.

Avec FUITE, l'appropriation des rôles par les figurants, leur investissement de chacun dans ce dédale d'histoires m'a parut particulièrement réussi. Je pense que c'est en partie parce que les éléments du scénario mobilisaient facilement l'imaginaire, étaient facilement des points de départs de fictions : imperméables, faux billets etc.. et qu'ils s' accordaient avec le site : campagne=polar=horreur etc..

Comment cela produit il l'image ?

Les caméras filment tous et toutes dans cette ensemble et aussi des actions individuelles, sans distinction vraiment d'avec les scènes prevues par le scénario. Pour FUITE, 4 DV et une super 8 ont récolté des images, offrant une multitude de points de vue. La super 8 avait pour consigne de départ de rendre compte du regard subjectif de la foule, tandis que l'une des DV devaient s'attarder sur les personnages de Maurice et Manon, les deux personnages principaux, en réalité des personnages qui contiennent tous les autres, mais c'est une autre histoire, j'en parlerai ailleurs. En regardant ces images on voit apparaitre les interprétations qu'ont fait les figurants de toutes les situations proposées pendant le tournage et ces interprétations sont devenues à leur tour des propositions pour l'équipe de réalisation pendant les derushages/montages.

Ca m' ammène à penser à un aspect du travail de NB qui m'intéresse à propos des tournages (et pas seulement des tournages, voir DVD), c'est la jouabilité, dans un univers complexe à plusieurs niveaux de réalité, dans et hors cinéma, dans le champ, hors champ etc..

J'ai à ce propos une petite anecdote.

Le jour de la conférence à Chateau Salin, j'avais choisi de montrer les premières minutes d'ExistenZ de David Cronenberg, la présentation par Allegra Geller de son nouveau jeu, pour évoquer justement le travail avec les figurants. Quand la lumière s'est éteinte et que je me suis assise, l'image a reproduit le même décor que notre salle de conférence. La conceptrice Allegra est montée sur l'estrade (sur l'écran derrière notre estrade) et a présenté au public venu l'expérimenter, les possibilités de son nouveau jeu

Dans FUITE, j'ai plus ou moins eu cette idée en tête, consciemment ou non. D'abord en rejouant Trinity dans une téléportation entre Lindre et Marsal, comme une variante de la cabine téléphonique de Matrix. Ensuite à la lecture des rushs, quand il est apparu que l'équipe qui dirigeait avait joué pendant le tournage un ou plusieurs rôles, à commencer par le sien.

Finalement au montage, je suis devenue un élément naviguant entre plusieurs niveaux du film, transportant avec moi la foule, la manipulant parfois ainsi que la fiction, trafiquant des moments de cinéma (habillée en Manon, je découpe les billets en forme de bonshommes comme dans la nuit du chasseur, puis les enterre en rangs bien sages, à l'image de la sieste organisée).

De même les caméras DV ont joué plusieurs rôles, selon qu'elles apparaissaient comme subordonnées à l'équipe principale (beta et réalisateur), ou comme unités autonomes pour leur propre tournage( realisation d'un film   amateur, horreur ou cul), ou bien encore comme intrus (le film d'un touriste voyeur de tournage)...

Est-ce qu'on joue à faire du cinéma ?

Quand je parle de jouabilité je pense surtout au potentiel qui nait de la façon de travailler de NB, des échanges, des propositions et des accidents fertiles .. En fait, il me semble que je parle d'une méthode.

Une méthode de recherche /exploration/ progression/ développements de cinéma. Une méthode pour en faire jaillir le potentiel ?

On ne joue pas à faire du cinéma, je crois qu'on se met le nez dedans et que c'est l'un des sens que donne NB à FUITE, quand il en parle comme un film « bio » (bio, bis, B), et indique aux figurants de « rechercher la terre » pendant la sieste. On se met le nez dans le cinéma, on s'en barbouille presque, à tous les niveaux de la réalisation d'un film.

J'ai l'impression que c'est vraiment avec FUITE que tous les composants s'intègrent (figurants ,personnages /acteurs maurice et manon, direction, camera etc, jeu et making off, fictions diverses, realite etc..). Je vois des nouvelles pistes. Les sept films du DVD (pourquoi pas plus et pourquoi plus) sont des pistes. Voir à ce propos le papier de Serge Daney sur le clip : fragments d'un tout perdu et fragments d'un tout a decouvrir.

FUITE est un film qui s'est « perdu dans la nature » entre le tournage et le DVD, à moins qu'il n'ai jamais existé mais ça je ne peux pas le croire.

FUITE est fait de films perdus recomposés (ou digérés dans un grand pique nique, un pique nique « total » ?) autant que de films rêvés,   tractés par une multitude de personnages qui tirent sur le costume comme on tire sur la corde. FUITE va essentiellement de l'avant, et surtout nous échappe (ce qu'il y avait avant, comme ce qu'il y a après).

Mais l'avantage de son mouvement, c'est de n'être pas forcément unidirectionnel. Une fuite peut etre en ligne droite comme elle peut être diffuse, ou s'infiltrer dans le sol et disparaitre.

Est ce que c'est parce qu'on ne sait pas quel film faire qu'on ne fait pas de film ?

Peut être. J'ai envie de dire que je ne sais même pas si on a envie de faire UN film. Peut être bien qu'on se fout du film, le cinéma n'est pas que le film, en tous cas, voilà un des points de depart du travail de NB. Et puis on ne va quand même pas refaire un polar à la campagne et on ne va pas non plus y faire autre chose. Donc on est coincé. Donc on se barre en courant ?

>>>on peut voir ça comme ça par EP

On peut voir ça comme ça,
ou le «cinéma anté -» de Nicolas Boone
par Emmanuel Poncet

«Le cinéma, attraction foraine, n'a jamais été et ne sera jamais un art» répète régulièrement le critique Louis Skorecki dans ses chroniques de Libération et ses ouvrages (1). Les travaux de Nicolas Boone, La Plage , Fuite, pour ceux que je connais, entrent parfaitement dans cette définition, ou absence de définition justement. Au tout début, je n'ai pas compris ce qu'il voulait. Ses films ne ressemblaient à rien. Je me disais 1- je ne les saisis pas. Ils n'ont ni queue ni tête. Ni fond ni forme. Ni intrigue lisible mainstream ni prétention arty déconstruite. 2 - Je sentais chez Nicolas Boone un amour naïf et immodéré du cinéma. Mais celui-ci me semblait plutôt relever de la prosternation humide de midinette devant un age d'or mythique, notamment pré et post Nouvelle vague. Experimental par héritage et air du temps. Plus que par nécessité ou vitalité. Dès lors, je ne m'y suis plus intéressé. J'ai continué à boire des bières avec Nicolas. A admirer sa vitalité, sa malignité, lui seul étant capable de pénétrer sans payer dans un festival de musique électronique hébergé , sur une ile , dans une forteresse en escaladant les murs, évitant l'entrée et déjouant la Sécurité. Mais c'est tout. Les qualités humaines n'ont jamais fait ni une oeuvre ni un cinéaste. Puis, tout s'est éclairci lorsque j'ai participé au tournage de La Plage , sur la côte d'Opale. Là, j'ai vite réalisé qu'il y avait quelque chose. Balbutiant. Inabouti. A travailler. A explorer, comme on dirait d'une machine à la Jules Verne. Mais une idée séduisante, féconde et lumineuse, ce qui ne peut se refuser concernant l'invention attribuée aux Frères Lumière. Cette idée la voici. Il me semble que les films de Nicolas Boone, quand bien même ils sont présentés en salles, sur DVD ou dans des galeries sont avant tout des tournages. Des tournages au sens plein, cinématographique mais aussi littéral et étymologique. Une action destinée à façonner (1842, selon le Robert). Le tournage comme manivelle qui tourne sur une Arriflex , ou un moteur sur une caméra Hi Tech. Un clap qui claque le début d'une séquence, "moteur...action!". Le corps d'acteurs et de figurants qui courent, bougent, tombent, s'allongent, font la chenille, ne parlent quasiment si ce n'est pour dire des absurdités ou être post-synchronisés. Le tournage comme une procession étrange où se mêlent ces comédiens mais aussi le/la/les maquilleurs, costumiers, electros , cadreurs, producteurs, régisseurs, cantineurs etc .... Un rite païen collectif, intense, sans but vraiment précis, sans scénario écrit. Sinon celui d'honorer ponctuellement, corporellement, des dieux (ceux du cinéma?), des morts (ceux du cinéma?). Entre nous, d'ailleurs, on ne dit pas "un film de Nicolas Boone", mais bien plus souvent un "tournage" de Nicolas Boone. Ce serait le tournage considéré comme une performance collective, rituelle, éphémère par nature, mais dont le film final constituerait une trace, un témoignage, la preuve formelle que quelque chose a eu lieu. Ni un film de cinéma indépendant ni une video d'art contemporain. Il ne s'agit pas non plus d'un making of, ces traditionnels et de plus en plus sophistiqués bonus offerts aux acheteurs de DVD. Boone ne réalise pas le making of d'un film à venir. Il ne propose pas non plus un bon compte rendu, vivant et malin d'un film en tournage. Pour moi, il fait du tournage une production à part entière. Artistique, esthétique, collective. C'est beaucoup plus important qu'il n'y parait. Car la question du tournage dans l'univers du cinéma reste tabou . Le tournage constitue un sanctuaire dont on sait très peu de choses. Il est l'arrière cuisine obscure d'un restaurant clinquant dont on préfère ne rien savoir. Peut-être trop sale. Peut-être trop militaire. Peut-être trop de risques de percer le mystère. Les quelques journalistes qui s'y aventurent restent le plus souvent en surface. On sait qu'il s'y passe des choses intenses. On sait que ca baise. On sait qu'on y travaille quinze heures par jour. On sait que tout est bricolé, arrangé, recyclé, quand le financement est serré. On ne sait évidemment pas toujours ce qui relève du vrai ou du faux lorsqu'on débarque sur un plateau, même en décor naturel. Je me souviens ainsi d'un tournage de Robert Guediguian , à Marseille. Le film se déroulait en partie dans un garage automobile. Il avait été reconstitué à l'Estaque, sur les hauteurs, près d'un viaduc au bout d'un dédale de rues étroites. Il y avait des faux bidons d'huile, des carcasses de voitures, ou neuves, ou en réparation. Mais pour moi, visiteur lambda, rien ne différenciait la réalité de la reconstitution. Seul un ami régisseur me disait : "tu vois, cette R16 bleu, je l'ai trouvé dans la Drôme. Ce bidon d'huile dans une brocante à Aix etc ...». Bref, peu de gens viennent, sont et se sentent autorisés sur un tournage. Chez Nicolas Boone, c'est exactement l'inverse. Tout le monde ou presque est invité à participer. Un tournage de Boone relève de l'expérience fourieriste . Chacun y fait quelque chose qui le relie à l'autre. Chacun dépend de l'autre comme les membres de ces phalanstères où personne ne pouvait attacher ou détacher sa blouses sans l'aide d'un camarade. Même lorsqu'on ne participe pas à un tournage de Nicolas Boone, qu'on veut juste «regarder», on est rattrapé d'une manière ou d'une autre. Comme mystérieusement aimanté par un puissant champ magnétique dont il serait le centre avec sa casquette à visière et son porte-voix année 40. Même sur DVD, on voudrait rétrospectivement y trouver sa place, sa fonction, faire acte de présence, gratuitement, courir avec tous ces gens dans les champs de Fuite par exemple. Car chacun trouve naturellement sa place dans ce collectif industrieux. Une place gratuite qui serait l'inverse du jeu des chaises musicales ou de la société verrouillée excluante d'aujourd'hui. Au lieu d'une chaise qui disparaît à chaque tour provoquant la baston hystérique des participant, le mouvement boonien crée des places et des fonctions supplémentaires. Contre toute attente, j'ai ainsi fait le figurant-gymnaste sur La Plage. Je répétais des mouvements sous la direction d'une prof de gym espagnole, prénommée Loretto . Et finalement, à la réflexion, je ne me serais pas vu faire autre chose. Sauf peut-être conduire la 205 folle du film sur laquelle tous les acteurs-figurants jettent des tomates et des oeufs pourris.

En somme, la démarche de Nicolas Boone revient à une sorte d'essence, un état primaire du cinéma. Un «art forain», comme dit Skorecki , qui nécessite avant toute chose la formation d'une équipe, de figurants, d'amis proches, de professionnels, d'une cantine avec ses yaourts en gros, ses grandes marmites à soupe ou à pâtes, un porte voix, des ingé sons, un trépied pour la caméra, des accessoires multiples. Le son volontairement parodique - au montage - du gyrophare installé sur la voiture de police de Fuite signifie précisément sa nature d'accessoire - de tournage. Sans oublier la réquisition d'un lieu, d'un village, d'une plage, d'un champ, d'une camionnette, d'un tracteur, d'un pilote de charrette, d'un acteur principal mais aussi du maire du bourg... Toutes choses pratiques infernales que l'on finit par oublier tant les financements doivent être bouclés avec les chaînes de télévision, les produits dérivés, les ventes à l'étranger etc ... Le tournage comme chantier donc. Collectif de travail où chacun «trouve sa place». Mais aussi camp de vacances, dimanche à la campagne, chorégraphie bucolique, « utopie-pirate », «enclave libre», fête foraine ambulante.  Avatar des années 00 du «rassemblement tribal» des années soixante, l'équipe de tournage rivaliserait ici avec  «le conclave forestier d' éco-saboteurs , le Beltane idyllique des néo-païens, les conférences anarchistes, les cercles gays... les fêtes des années vingt à Harlem, les clubs, les banquets, les pique-niques libertaires du bon vieux temps» comme le théorisait le libertaire californien Hakim Bey, père des des TAZ (2).  Peut-être que Nicolas Boone relance de cette façon et à sa façon une théorie indigène du cinéma.  Un « ante-cinéma » ou si on préfère un cinéma anté -, tant les morts y font joyeusement leur trou. Un cinéma anté - par opposition à la notion de «post-cinéma». Celle-ci désigne pour faire court le cinéma vu comme une expérimentation sensorielle,  hypnotique du réel qui trouve son achèvement dans les films asiatiques d'aujourd'hui ( Eureka , Aoyama , 3h50). Mais le «post-cinéma», c'est aussi ce que Louis Skorecki désigne comme la fin du cinéma classique. Skorecki l'a très précisément datée à 1959 avec Rio Bravo, de Howard Hawks. Selon lui, il marque l'entrée dans l'ère du «cinéma filmé», qui se regarde le nombril, se mate en train de se faire. C'est là qu'il aurait «mal tourné» finalement. La fin de l'usine à rêves décomplexée, artisanale et sentimentale. La fin du cinéma qui se preoccupait de faire «rêver très fort» l'enfant qui est en nous. Le faire rêver, le faire, pleurer, le faire aimer... Dans Fuite, Boone fait couler une rivière d'eau et de dollars dans une grande grande toile en or tenue par tous les membres de l'équipe de tournage. Les dollars coulent à flots donc. Et au montage il a ajouté "Once upon a time", la comptine mythique de la Nuit du chasseur, de Charles Laughton. Lequel est justement l'archétype du cinéma sentimental selon Skorecki ... tout se recoupe.

Soyons clair néanmoins. Avec ses improbables croisements vidéo, 16 mm et Super 8 de l'Invasion des Profanateurs, de Don Siegel, d' Inpecteur Gadget sur France 3 et de Lost in la Mancha de Terry Gilliam , Nicolas Boone ne prétend surement pas rivaliser avec le «post-cinéma», ou le cinéma tout court. Mais sa manière de réactiver le tournage comme communauté utopique, performance humaine, artistique et industrielle, sa façon d'utiliser pour son «moteur!» le carburant hybride du cinéma mythique, de l'art forain et de l'imaginaire enfantin me semblent riches de promesse. Surtout s'il parvient à mettre en forme ce grand secret de famille et de fabrication du cinéma : le tournage.

Emmanuel Poncet

(1) Les Violons ont toujours raison, Louis Skorecki , PUF.
2) TAZ, Zones d'autonomie temporaire, Hakim Bey, l'Eclat.

>>>approche sur fuite

Approche sur FUITE

Fuite naît d'un cimetière. Tous les acteurs de Fuite sont des fantômes, ils sont morts vivants. Ils réactivent un cinéma, lui aussi, mort. Une trentaine de scènes composent le scénario dont une battue digne d'un polar, un défilé de 2 cv qui raye l'écran, un discours d'un curé anarchiste, un crime de film d'horreur amateur, une étape du tour de France ou une sortie d'église. Tantôt ils marchent comme à un enterrement tantôt comme à un désenterrement . Du pique-nique festif et champêtre, Fuite dérape sur une orgie rougeoyante de ketchup : un festin cannibale. Le tournage de Fuite est né entre deux villages. L'action de l'un est la fuite de l'autre, l'action de l'autre est la rencontre du premier. Le scénario est développé par les acteurs puis par les téléspectateurs. Fuite est en cours de révélation. Les fantômes errent dans les rues d'un village, dans les champs, ils croisent dans leurs périples nombre de différents films. Le scénario de Fuite est la superposition de couches temporelles. D'abord il a été écrit puis dessiné, mis en ligne (story board sur internet ), interprété, filmé, monté et directement intégré dans une interaction DVD. Chaque étape surenchérit celle qui la précède.

Les scènes ont été tournées en deux jours. Pour chaque scène, des rendez-vous sont pris avec différents intervenants. La logistique apparaît à l'écran. La difficulté et le ratage du tournage se transforment en lutte. Le planning est volontairement très serré. Le tournage se déroule dans l'urgence et la panique et ainsi, gagne en spontanéité. Pour chaque plan, il faut gérer plus de 60 personnes. Une équipe leur donne des plannings et directives. Les figurants sont très coopératifs. Sur chaque scène un espace de liberté leurs est donné : leur personnalité et imagination savent l'occuper. Le réalisateur et l'assistante les stimulent à exploser le cadre. Les figurants sont généreux, libres et savent développer les scènes avec les accessoires. Par exemples, les billets de banque les aident à trouver un sens aux rôles qu'ils interprètent. Les figurants en revêtant des imperméables et des chapeaux ou en courant derrière des tondeuses activent le scénario. La régie porte des bleus de travail, le réalisateur une casquette coupée : à chacun son uniforme, pour que l'entreprise cinématographique ait lieu.Les débordements, avant et après le clap font parties du film. Voir un acteur courir dans un champ puis le voire manger avec ceux qui lui tiraient dessus amène un gag évident et ridicule : même si la scène est sérieuse, nous n'y croyons plus, nous simulons le cinéma. Nous ne voulons plus être des faussaires, nous ne ferons pas croire au spectateur une histoire que nous ne croyons pas. Une vue différente sur le tournage transforme l'action, un plan dramatique peut devenir ridicule. Il s'agit bien ici de simulacre de cinéma, une clap girl en représentation, pour convaincre les figurants qu'il y a du sérieux dans tout ça. Mais la jeune fille fait usage du clap comme si elle sortait d'un dessin animé. L'entre deux scènes n'est pas un temps mort. Un DJ fait danser la foule et lui fait écouter de quoi oublier qu'ils sont sur un tournage. Le son motive la foule à déborder du film comme lors de l'improvisation d'une free party dans le village moyenâgeux et contribue grandement à la vivacité du tournage. Une caméra est chargée de prendre le regard de M, un autre le regard de la foule. Les scènes sont   tournées en caméras subjectives. Pour le projet Fuite, avant ou après le clap le regard de M à autant d'intérêt. La caméra, c'est l'écran, ne pas filmer pour l'écran, pour le film, filmer pour le tournage. Ressassement des préoccupations de la modernité cinématographique.

Les deux jours de tournage se passe dans deux villages, des scènes tournées dans l'un se reflètent dans l'autre : le discours du maire renvoie celui du curé, la marche sur une ligne d'horizon celle de la route des bois, créant un effet de miroir. Pour aller d'un point à un autre point, le film ou le tournage se téléporte . La téléportation , c'est le voyage immédiat d'un groupe de personne. EK (assistante réa) téléphone dans une cabine et transporte tout le monde vers une autre cabine téléphonique située dans l'autre village. Mais les règles de la téléportation se modulent au cours des différents scénarios. Ce mode de déplacement contamine tout le film. La cabine téléphonique trouve des substituts. Dans chacune des 7 séquences, monté avec le souci d'une orientation narrative différente, le téléspectateur est amené à tisser des histoires où les films s'entrecroisent et se confondent entre eux. Le DVD Fuite apprend ses propres règles à celui qui se prête au jeu. Le DVD a été conçu comme un jeu où chaque montage apporte de nouveaux éléments à l'histoire. Mais en réalité, c'est toujours la même fuite, un tournage d'un week-end.

Le DVD Fuite est dense. Plus nous le regardons, plus on le comprend, ou au contraire il devient confus. Un esprit ludique construit l'objet dvd Fuite. Un dvd c'est un film destiné à être revu, à être appris par cour ! Fuite est un problème à résoudre, mais y a t il une solution ? Des acteurs recherchent un scénario, une équipe cherche le film qu'elle veut faire, seules les téléspectateurs peuvent les aider.

>>>est republiquain